vendredi 15 février 2013

Trop de suites au cinéma !

Une indigestion de super-héros? Copyright: Jen Seng
Depuis le début les années 2000, une tendance pénible frappe le cinéma: la multiplication des suites (ou des prequels). Problème : là où les suites étaient auparavant de vrais films avec un vrai scenario (je pense par exemple à la série des Indiana Jones ou celle de Retour vers le futur), l'impératif de rentabilité impose aujourd'hui des cadences de sortie horribles et le scénario qui va avec: un film tous les deux ans ! En un peu plus de 20 ans,  les suites ont rapporté, en France seulement, environ 10 500 000 000 de dollars.  Dans cet article, je réunis quelques chiffres glanés sur le net. Je ne garantis pas leur exactitude (je me suis largement fourni chez Wikipédia) mais ce n'est pas le plus important. Je sais aussi que les goûts se discutent, mais je pense que tout le monde est d'accord pour dire que Indiana Jones 4 aurait du rester dans les cartons et qu'il n'aurait même pas du y avoir de Camping 1.

Une liste non exhaustive de suites projetées au cinéma entre 2002 et 2012

Les suites au cinéma en quelques chiffres


En tout, et depuis 2000, une bonne centaine de films ont donné lieu à une ou plusieurs suites. Je ne comptabilise pas les films prévus en plusieurs parties (Kill Bill par exemple). Dans certains cas, j'ai choisi de ne pas comptabiliser les films adaptés de livres en plusieurs tomes (comme Le Seigneur des Anneaux) sauf quand la période de publication correspond à celle du film; il est par exemple indiscutable que la série des Harry Potter a été écrite, du moins en ce qui concerne les derniers épisodes, avec la perspective évidente d'une adaptation ciné. En revanche, j'ai compté le film The Hobbit comme appartenant à une série de suites, étant donné que le livre ne justifiait pas une adaptation en trois épisodes.

  • Les suites au box-office

En 20 ans, le nombre de suites au cinéma ayant dépassé le million de spectateurs au box-office français a été multiplié par 4. Certes, cette augmentation est également imputable au fait que la fréquentation a augmenté de 75% sur la même période, quoiqu'en dise l'industrie cinématographique. Mais cela n'empêche pas d'observer la tendance que tout le monde a constatée : les films originaux se font de plus en plus rares ! A ce train là, en 2050, il n'y aura plus que des suites au ciné ! Si vous voulez vous faire peur, consultez cette liste des 266 suites prévues d'ici 2020 !

Évolution du nombre de suites au cinéma ayant totalisé plus d'un million d'entrées au box-office français entre 1992 et 2012

Cette tendance est également visible dans le top 10 des films les plus vus en France, où l'augmentation de la proportion de suites est effrayante (le mot est lâché !)

Évolution de la part des suites au cinéma dans les 10 films les plus vus en France, entre 1992 et 2012
  • Qualité vs quantité: Toy Story vs L'age de glace

Je sais qu'on ne peut pas réduire une analyse à si peu, mais lorsque l'on s'intéresse au laps de temps moyen séparant la sortie d'un film de celle de sa suite, le constat est sans appel : en 20 ans, celui-ci est passé de 4,5 à 2,1 années. Durant la même période, l'inflation des cachets et la surenchère d'effets spéciaux a fait flamber le prix des films : le dernier Indiana Jones a bénéficié d'un budget de production 10 fois supérieur au premier. Aujourd'hui, la course au spectacle privilégie souvent la quantité : toujours plus d'explosions, de poursuites, de fusillades. Depuis Le seigneur des anneaux, une scène de bataille avec moins de 100 000 guerriers fait de la peine. Clairement, on privilégie la quantité à la qualité. Et le public suit.

En comparant les films Toy Story et L'Age de glace, on tient une bonne illustration de ce phénomène. Là ou l'équipe de Pixar a produit trois films en 15 ans (le premier Toy Story est sorti en 1995), celle de l'âge de glace a pondu 4 épisodes en 10 ans. Le budget du premier Toy Story était deux fois moindre que celui du premier Age de Glace. Pour le troisième épisode, c'est l'inverse!

Évolution du budget de production pour Toy Story et l'Age de glace

Et pourtant, il semble que la stratégie du producteur de l'Age de glace paie : sa série cartonne et dépasse même Toy Story au box-office français :

Nombre d'entrées en France pour Toy Story et l'Age de glace

La recette pour une suite

Pour faire une bonne suite, on s'en doute, il faut un premier film qui a bien marché. Si on a dans l'idée d'en faire des suites, mieux vaut faire un film pour enfant ou un film de super-héros (non, ce n'est pas pareil). Ça marche aussi avec des histoires plus compliquées (comme dans L'auberge espagnole) mais cela demande plus de travail. Il faut aussi des personnages attachants et transférables. Cela peut être un lion échappé d'un zoo, un mec qui se fait passer pour un juif du sentier ou un super-héros. Le terme "super-héros" est à prendre au sens large, ce peut être Spiderman, James Bond ou même Harry Potter : un personnage hors du commun à qui il arrive des trucs de malade. On place ensuite ces personnages dans une histoire qui ressemble à la première tout en étant originale sous certains aspects. En général, on développe quelques relations stéréotypées entre les personnages et on en ajoute un nouveau pour toucher un public qui avait été laissé pour con dans le premier épisode (la polémique autour du personnage de Jar-Jar Binks dans La Menace Fantôme a laissé des traces). Pour les films de super-héros, il faut aussi trouver un nouveau méchant à chaque épisode.

Ensuite on regarde ce qui se passe. Voici un petit graphique avec des séries de quatre films et l'évolution du nombre d'entrées (en France). Il n'est pas vraiment possible de voir quelles séries vont continuer (il faudrait pour cela que l'on ramène au prix du film et j'ai la flemme) mais on peut voir la particularité quasi-systématique : le fait que le 2ème épisode est presque toujours le plus rentable, probablement parce que l'attente du public est très forte et le coût de production relativement bas. Le problème, c'est qu'on est très souvent déçu et ça se répercute sur le 3ème épisode : c'est le cas pour Pirates des Caraïbes et Matrix  par exemple, où le deuxième épisode n'a visiblement pas convaincu tous les spectateurs de voir le troisième.

Évolution du nombre d'entrées en France en fonction de l'épisode

Mais pourquoi somme-nous si faibles ?

"Quand on tient un filon, on l'exploite à fond" (N.Sarkozy, 2010, au sujet de son premier ministre). Ok, ça parait logique, on se doute que l'industrie du cinéma ne fait pas de l'art mais du fric. Il est plus économique de fonctionner avec les mêmes personnages, le même univers et surtout, le même public, que de faire un film entièrement nouveau, en particulier dans le domaine de l'animation. Mais nous, pourquoi continuons-nous d'aller voir des films aussi médiocres ? L'attente créée est-elle si forte ? Sommes-nous si faibles ?

Les producteurs parviennent à créer un attachement affectif assez fort, en particulier chez les enfants. Ainsi, même si je pense sincèrement que les séries de mon enfance (Retour vers le futur, encore et toujours) sont bien meilleures que celles d'aujourd'hui, il n'en reste pas moins que de façon générale, notre relation aux personnages des films est bien plus forte quand nous les avons découverts durant l'enfance. C'est probablement pourquoi j'irai voir le prochain Indiana Jones, en dépit de ce scandaleux dernier épisode. Par contre, je serai soulagé de ne pas avoir à me coltiner l'Age de Glace 5 !

D'autre part, le public est humain : il appréhende les nouvelles expériences et préfère retourner au cinéma voir un film dont il connait déjà une partie du contenu. A ce sujet, Roger Erbert, un critique américain influent, fait ce constat éloquent : « Les gens ont peur de tenter leur chance, de se renseigner sur les nouveautés. Ils se souviennent d’une séance de cinéma considérée comme une bonne expérience et veulent la revivre. Ce sera de plus en plus difficile de réaliser un bon film entièrement nouveau. Et ce sera surtout impossible d’empêcher qu’un remake en soit fait quelques années plus tard. »

Ajoutons à ça le prix parfois scandaleux d'une place de ciné, surtout depuis l'essor de la 3D, le public réfléchit à deux fois avant de laisser sa chance à un film original.

Quand s’arrêter ? Un cas d'école : Harry Potter

Tant que la série est jugée assez rentable, elle se poursuit. Le meilleur exemple est celui d'Harry Potter. En France, cette série a totalisé plus de 55 millions d'entrées. Lorsque l'on regarde l'évolution au box-office, le succès s'émousse au fil des ans :


Mais lorsque l'on regarde ce que les films ont rapporté, on se dit qu'elle aurait pu être rentabilisée encore quelques années (les sommes sont indiquées en centaines de millions dans le graphique ci-dessous).  La rentabilité correspond à peu près à la courbe verte. On voit qu'elle est encore au dessus de 5 pour le dernier épisode, ce qui en fait la série la plus rentable de l'histoire du cinéma, devant Star Wars !

crédits: I.Guerrero
Disney, qui avait manqué le coche à l'époque, a tenté de se rattraper avec des séries comme Narnia. Mais ça, c'était avant qu'elle ne rachète Star Wars..

Dans beaucoup de séries, les producteurs n'hésitent pas à tourner "le film de trop", celui qui va dégouter le public une dernière fois mais qui va quand même rapporter des pépètes : Matrix 3, Pirates des Caraïbes 4, Les bronzés 3.. Vous pouvez retrouver, sur le site Movie Guide, un top des films qui ont inspiré trop de suites. En plus, une nouvelle tendance se profile aussi : celle des remakes. On a ainsi eu le droit ces dernières années à Karaté Kid, La guerre des boutons (fois deux!), Total Recall etc.

That's all folks! Si vous avez des suggestions pour cet article, elles seront accueillies avec bonheur !



4 commentaires:

  1. Pour "La Guerre Des Boutons", c'est surtout dû au fait que les droits sont désormais tombé dans le domaine public, donc gratuits. On peut donc aussi craindre les futurs remake de vieux films dans le même cas.

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  2. Ah oui tiens, je ne savais pas. Apparemment, toutes les œuvres dont les auteurs sont morts depuis plus de 70 ans tombent dans le domaine public! J'attends donc Voyage au bout de la nuit 1,2,3,4 et 5 de pied ferme.

    Karim qui commente son propre blog.

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  3. AHAHAHAH le fail d'Asterix dans le graphique excellent !!! " etttt naaaaaan" !
    C'est dudou btw

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  4. grave..et Obélix va camper DSK! Horrible cette expression!

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